Courrèges a bâti son podium avec 450 chaises chinées
Navire naufragé, oiseaux de papier calque, arène blanche à Vincennes : les scénographies parisiennes livrent des pistes concrètes pour un intérieur.

Plusieurs décors de la Fashion Week de Paris se transposent facilement chez soi : des chaises toutes différentes autour d’une table, la dorure employée comme une vraie couleur, des suspensions légères qui évoquent un vol d’oiseaux, ou un fond blanc qui met en valeur les objets colorés. Ces idées ont été repérées par AD Magazine dans les scénographies des maisons de mode, et chacune peut inspirer une pièce précise de la maison.
En bref
- Chez Acne Studios, installée au Collège des Bernardins, la collection Denim Hysteria se présentait dans un décor de chaises en bois dont aucune ne ressemblait à sa voisine.
- Pour un intérieur, l’idée consiste à traiter le doré comme une teinte de la palette (cadres, pieds de meubles, luminaires) plutôt que comme une touche isolée.
- Baptisée « La Conversation, Part Three », la collection propose une version du tweed Chanel plus souple et plus confortable que le modèle classique, appelée « smocked tweed » dans les notes du défilé.
L’art des chaises dépareillées pour un coin repas
Chez Acne Studios, installée au Collège des Bernardins, la collection Denim Hysteria se présentait dans un décor de chaises en bois dont aucune ne ressemblait à sa voisine. L’ensemble plongeait le public dans l’atmosphère d’un bateau sombré au large de Stockholm, une histoire rattachée au naufrage du Vasa.
Courrèges a poussé l’idée plus loin pour le premier défilé de Drew Henry. Au Palais de Tokyo, dans la Grande Verrière, Arnaud Selve, chargé de la scénographie, a fait du podium un assemblage d’assises chinées, toutes différentes de style, de teinte et de silhouette.
L’éventail allait de la simple chaise d’écolier au fauteuil de designer. À la maison, ce principe se reproduit autour d’une table de salle à manger : mêler un modèle d’école en bois, une chaise peinte et une assise plus signée crée une ambiance éclectique, dans l’esprit du coin repas plutôt que d’un salon figé.
Ambiance sombre, chandeliers et dorure assumée
Acne Studios jouait aussi sur la lumière. Les chandeliers, de tradition baroque et parfois déposés à même le sol, vacillaient dans une atmosphère sombre que ravivaient les tapis vifs et contemporains de l’artiste azéri Faig Ahmed. Le contraste entre un luminaire ancien et un tapis contemporain vif reste une piste simple pour un salon aux murs foncés.
Saint Laurent a choisi le faste. Face à la tour Eiffel, la dorure servait de couleur à part entière, sur la collection comme sur la scénographie. Son directeur artistique Anthony Vaccarello souhaitait, selon AD Magazine, « un usage omniprésent, hypnotique, presque obsessionnel du doré ».
La scénographie faisait un clin d’œil au salon impérial de l’InterContinental, l’hôtel où Yves Saint Laurent organisait dans les années 1970 ses défilés de haute couture. Pour un intérieur, l’idée consiste à traiter le doré comme une teinte de la palette (cadres, pieds de meubles, luminaires) plutôt que comme une touche isolée.
Brume, oiseaux et sol miroir pour penser les suspensions
Chez Dior, Jonathan Anderson a bâti son show autour du Bassin Octogonal du jardin des Tuileries, dans un décor de brume et de camphrier. Chez Chanel, Mathieu Blazy a fait voler martinets et hirondelles sous la nef du Grand Palais, pour figurer une nature en mouvement et la liberté.

Comme le détaille ELLE Decor, ce défilé printemps 2027 s’ouvrait sur la voix de Nicole Kidman lisant un extrait d’Orlando, le roman de Virginia Woolf paru en 1928. Le décor, imaginé avec le scénographe Richard Peduzzi, réunissait 95 oiseaux suspendus, évocation de la migration.
Au sol, une résine colorée peinte dans une manière presque impressionniste figurait une étendue d’eau vue du ciel, dont la surface renvoyait les reflets comme un miroir. Une piste pour qui envisage un sol coulé dans une pièce de vie lumineuse.
Le blanc comme toile de fond, deux approches
Loewe et Hermès ont tous deux misé sur le blanc, mais pas de la même manière.
| Maison | Mise en scène | Situation chez soi |
|---|---|---|
| Loewe | Château de Vincennes changé en arène blanche, circulaire et verticale par le studio londonien Casper Mueller Kneer, pour le printemps-été 2027 | Une pièce entièrement blanche où matières et détails des objets ressortent |
| Hermès | Blanc réservé au décor, jaune, orange et tons nude laissés à la collection | Murs blancs, couleur portée par textiles et accessoires |
Cette option convient mal à une pièce sombre qui cherche la chaleur : les ambiances d’Acne Studios ou de Saint Laurent y répondent mieux.
Chanel, un parcours de décors spectaculaires
Mathieu Blazy dirige Chanel depuis avril 2025. Avant les oiseaux, il avait déjà signé un jardin mécanique conçu avec Martin Brûlé pour la haute couture automne 2026, et un univers de champignons pour la haute couture printemps-été 2026.
« À l’image d’un oiseau, elle (Gabrielle Chanel) a pris son envol, et chacun de ses pas l’a menée vers la liberté »
Mathieu Blazy, directeur artistique franco-belge
Baptisée « La Conversation, Part Three », la collection propose une version du tweed Chanel plus souple et plus confortable que le modèle classique, appelée « smocked tweed » dans les notes du défilé.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Ronald van Eendenburg. Licence Pexels.



